sabato 4 giugno 2016

12/1/2012 - La situation de la peine de mort en Afrique

ADOME BLAISE KOUASSI - La situation de la peine de mort en Afrique





Introduction

Si comme l’affirme le poète Persan, SAADI :
« Avoir pitié de la panthère, c'est être injuste envers les moutons.», nous disons aussi que « l’élimination de la panthère ne rendra pas les moutons à la prairie ».

L’exécution le 21 septembre 2011 par injection de Troy Davis en Géorgie (USA) après plus de 20 ans dans le couloir de la mort vient nous rappeler encore une fois combien la peine de mort est un châtiment cruel, dégradant, inhumain, une négation inacceptable du droit à la vie. Et pourtant jusqu’à son dernier souffle M. Davis a clamé son innocence d’autant plus qu’il y avait de sérieux doutes sur sa culpabilité.
La peine de mort, ce châtiment extrême a toujours déchaîné des débats passionnels suscitant parfois des réactions instinctives dont les partisans et adversaires se battent à coup d’argumentations rationnelles. Pour les uns en effet la peine de mort est une arme de dissuasion. Par la crainte qu'elle inspire, elle peut retenir un criminel. Pour les défenseurs de cette thèse la peine de mort permet á la société de se prémunir contre ses ennemis les plus dangereux en les expulsant définitivement de celle-ci, revenant dès lors á la loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent » ou encore meurtre pour meurtre. Ce raisonnement traditionnel, d'ordre utilitaire est le plus utilisé de nos jours pour justifier le maintien des articles qui prévoient la peine capitale dans des Codes pénaux de certains pays.
Pour les autres par contre, cette finalité de la peine de mort n’a jamais permis de freiner l’ascendance de la criminalité. Bien au contraire elle permettrait aux criminels d’être plus violents en ne laissant aucun témoin de leurs actes. L’Afrique ne vivant pas dans un « no man’s land », a été atteint par ce débat. Qu’en est-il de la peine de mort en Afrique?
L’Afrique est un continent qui regroupe avec l’indépendance le 9 juillet 2011 de la République du Sud Soudan 55 Pays. Tous les Etats sont-ils réfractaires á la peine de mort ? Combien sont-ils pour cette peine capitale ? Pour apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations nous verrons dans un grand (I) les Etats abolitionnistes d’Afrique. Nous verrons ensuite dans un grand (II) les Etats qui pratiquent encore la peine de mort devenant ainsi réfractaires à la résolution de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur le moratoire de la peine capitale.

I. Les Etats abolitionnistes de la peine de mort en Afrique
En 1948 la déclaration universelle des droits de l’homme proclame le droit à la vie et le respect de la personne humaine; en est signée la Convention européenne de droits de l’homme dont le principe essentiel est le respect dû à la personne humaine. Ce principe est d’ailleurs entériné par la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981. Il a fallu cependant plus d’un demi-siècle, pour que l’Union africaine lors de sa 44ème session ordinaire tenue du 10 au 24 novembre 2008 à Abuja, au Nigeria, crée une Commission africaine des droits de l’homme. Celle-ci adoptera une résolution appelant les Etats africains á observer un moratoire sur les exécutions. Cette Commission réunie en sa 46ème session ordinaire tenue du 11 au 25 novembre 2009 á Banjul, en Gambie a rappelé  encore une fois sa mission de promouvoir les droits de l’homme et des peuples et de veiller à leur protection en Afrique en vertu de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. En adoptant cette résolution, la commission africaine s’est alignée sur la tendance générale á l’abolition de la peine de mort. C’est pourquoi 16 Etats se sont inscrits aussitôt dans cette droite ligne abolitionniste. Ce sont : 1) Afrique du sud en 1997, l’Angola en 1992, le Bénin en 2011, le Burundi en 2009, le Cap Vert en 1981, la Côte d’Ivoire en 2000, Djibouti en 1995, le Gabon en 2011, la Guinée Bissau en 1993, Maurice en 1995, le Mozambique en 1990, la Namibie en 1990, le Rwanda en 2007, Sao Tomé et Principe en 1990, le Sénégal en 2004, les Seychelles en 1993 et le Togo en 2009.
Sept pays ont non seulement aboli la peine de mort dans leurs textes juridiques, en l’occurrence dans les codes pénaux et la constitution, mais ils ont aussi ratifié le 2ème Protocole facultatif au pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies.
A côté de ces pays, nous avons ceux qui ont simplement aboli la peine de mort dans leur arsenal juridique sans pour autant avoir ratifié le 2ème Protocole facultatif au pacte international relatif aux droits civils et politiques des nations Unies.

II. Les Etats « voyous » ou encore les Etats d’Afrique appliquant la peine capitale
Dans cette catégorie de pays nous observons aussi deux cas. Il y a un groupe de pays qui n’ont pas aboli la peine de mort dans leurs arsenaux  juridiques mais qui cependant ne l’appliquent pas depuis plus de dix ans respectant ainsi le moratoire de la Commission africaine. A côté de ceux-ci il y a évidemment les Etats qui ne veulent d’intervention étrangère dans leur loi interne l’appliquant dès lors dans toute sa rigueur. Voyons donc le premier cas.

A. Les Etats ayant plus de 10 ans de non application de la peine de mort
Ils sont au nombre de 21. Ce sont : Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Gambie, Ghana, Kenya, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Swaziland, Tanzanie, Tunisie, Zambie.

B. Les Etats appliquant la Peine capitale
Le dernier cas concerne les Etats qu’on peut appeler « voyous » car restant sourds aussi bien au moratoire de la Commission de l’Union africaine qu’au 2ème Protocole facultatif au pacte international relatif aux droits civils et politiques des nations Unies. Ce sont : Botswana, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Guinée française, Guinée équatoriale, Libye, Nigeria, Ouganda, RDC, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Nord, Soudan du Sud, Tchad, Zimbabwe. Ils sont donc au nombre de 16 Etats.

Conclusion
La peine de mort est un héritage de l’arsenal juridique colonial dont sont inspirés les codes pénaux des pays d’Afrique subsaharienne. Les anciens pays colonisateurs ont cependant modifié leurs textes de loi permettant de supprimer la peine de mort. Plus de 50 ans après la vague de la décolonisation certains pays maintiennent encore la peine de mort. Ainsi tant que les textes n’ont pas été modifiés les juridictions de ces Etats continueront à prononcer la peine de mort là où elle est requise. Il faut cependant dire que la peine de mort est encore largement plébiscitée par certaines populations africaines surtout dans le contexte actuel d’insécurité, de narcotrafiquants et de terrorisme. De plus la subsistance de la peine de mort dans certains Etats africain est étroitement liée à la loi islamique, la charia ou encore à la persistance des guerres internes, c’est pourquoi la question de son abolition s’avère relative ou même difficile.

En outre dans certains pays en Afrique le maintien de la peine de mort est une épée de Damoclès pour tous les défenseurs de droit de l’homme (souvenons-nous du Nigeria de l’ex-Président Sani Abacha qui fit l’exécuter Ken Saro Wiwa, un défenseur des droits de l’homme en région  Ogonis au Nigéria).
Elle devient un moyen de pression sur les partis d’opposition, un outil efficace pour contrôler les populations quand on sait que les décisions sont régulièrement rendues contre les membres de l’opposition au Tchad, en RDC ou encore au Zimbabwe. C’est pourquoi l’Union Africaine a créée une Commission des Droits de l’homme qui a adopté une résolution appelant les Etats membres á observer un moratoire sur l’exécution de la peine capitale en vue de l’abolir, conformément à la Résolution 62/149 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, adoptées en 2007 sur la peine de mort mais aussi en conformité avec les tendances actuelles du droit international qui encouragent l’abolition de la peine de mort, en particulier, le 2ème Protocole facultatif au pacte international relatif aux droits civils et politiques, les Statuts de la Cour Pénale internationale et la résolution 2005/59 de la commission des droits de l’homme des Nations Unies relative à la peine de mort. La mise au travail de la commission a permis de mettre en mouvement l’abolition de la peine capitale sur le continent.

[1] Jean TOULAT, La peine de mort en question, p. 43, éditions pygmalion, Paris 1977.
[2] Tous ces pays sont membre de l’Union africaine sauf le Maroc qui avec l’entrée de la RASD a décidé ne plus faire partie de l’Union.
[3] Thibault, Laurence: La peine de mort en France et à l’étranger, éditions Gallimard, Paris 1977.









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